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lundi 1 août 2011

UN DRAME ET UNE TOUTE PETITE REFLEXION



Lundi 1er Aout 2011... 1er jour du Ramadhan...
Il est 14 H. A une trentaine de km de Tolga, sur la route de la steppe, connue pour son alignement "monotone", le conducteur d'un véhicule de tourisme ayant à son bord 3 fillettes et 3 adultes, certainement sous l’effet du sommeil, assurément sous l'effet de la vitesse aussi, perd le contrôle de sa voiture qui dérape, effectue plusieurs tonneaux pour se retrouver en bas du talus de la route.
Les premiers arrivés sur les lieux réussissent à dégager les occupants de la voiture...
Deux hommes sont en relatif bon état... l'un d'eux, un
monsieur d'une soixantaine d'années a du sang qui lui coule du visage... encore sous le choc il est très calme... il s'est assis, hagard et a pris devant lui une fillette de 6 a 7 ans qui geint... elle a le tibia complètement brisé et son menu pied pendouille, retenu seulement par les chairs...
elle ne pleure pas, se contentant de regarder sans
comprendre...
L'homme est certainement son père...
A quelques mètres, dans les broussailles épineuses de la
steppe, une autre fillette git, étendue sur le dos... elle a l'air morte mais est seulement évanouie... plus loin, une autre fillette, plus âgée a été sortie indemne de la carcasse du véhicule... elle demande son père et montre du doigt un monticule...
Et on le vit...Il avait été éjecté beaucoup plus loin... il gisait
désarticulé sur le sol, le crane défoncé... Il était mort...
La fillette a compris... elle tend les mains vers son
cadavre dans un geste désespéré pour le secourir mais elle ne peut pas bouger car sa colonne dorsale la paralyse... Elle dit: "Papa est mort... Papa est mort..." ... un des sauveteurs improvisés lui répond qu'il n’avait rien et qu’on l’avait étendu là en attendant les secours...la fillette n'en croit rien... "et pourquoi n'est il pas entouré comme nous ? Pourquoi personne n'essaie de le relever ?"...
Elle a un grand courage cette petite fille... quand elle
s'arrête de se plaindre de son dos, du sort de son père, elle tourne la tête vers sa soeur qu’un autre sauveteur avait ranimée en lui versant de l'eau sur la tête et elle lui dit: "n'aies pas peur ma soeur, je suis là, je suis vivante..."
Les pompiers et les gendarmes arrivent... Ils délivrent les blessés du calvaire de l'attente et les automobilistes qui s’étaient arrêtés pour porter secours aux accidentés, du plus
cruel des spectacles: celui de fillettes regardant, hébétées, incrédules et impuissantes le corps disloqué de leur père mort...
La conjugaison du jeune et de la conduite continuera durant un mois à nous faire vivre
d'autres drames... des drames insoutenables par leur cruauté et inacceptables pour leur gratuité...

Et si, les exégètes qui tentent de définir le voyage donnant droit à rupture du jeune et qui le réduisent à la distance ou à la difficulté se trompaient de bout en bout ? Et si, faisant preuve de prémonition, la religion avait permis aux voyageurs, sans en préciser le type de voyage, de casser le jeune parce qu’elle appréhendait justement ces drames du voyage par automobile qui fauchent à chaque Ramadhan bien plus de vie humaines que toutes celles qu’on déplore durant les autres mois ?

Verrons nous un jour les services de sécurité, non pas traquer les casseurs du Ramadhan dans les chantiers mais obligeant les automobilistes devenus dangereux pour eux-mêmes et pour les autres sous l’effet du jeune à casser la croûte avant de reprendre le volant ?

Il faut peut-être l’espérer, n’en déplaise aux rigoristes de tous poils, car si les jours de jeune raté peuvent être récupérés, la mort, la paraplégie et les autres drames découlant des accidents de la route sont eux, irréversibles !

vendredi 8 juillet 2011

BIENTOT LA LETHARGIE RAMADHANIENNE


Dans mon village, à la campagne, nous attendons le Ramadhan comme on attendrait un ogre. Nous devinons un peu ce qu’il nous fera supporter en faim, soif, dépenses, disputes, coups et blessures volontaires et involontaires, divorces, accidents, tension artérielle et baisse de régimes sauf alimentaire ; mais dans nos discussions, nous prenons l’air résigné et nous chantons les louanges de ce mois sacré, pour la piété avec laquelle il nous enveloppera, pour les biens qu’il étalera pêle-mêle sur les chaussées, pour les odeurs de zalabia et de soupe qui feront ressembler notre pays à une grande gargote à ciel ouvert, pour les resto de la Rahma où nous donnerons à manger aux plus démunis pour ne pas avoir à les servir sur nos méidas…

Le Ramadhan, ce sont nos femmes qui l’apprécient particulièrement parce qu’il contraint les hommes à déserter le salon familial pour choisir entre café et mosquée, leur évitant ainsi de gêner la maisonnée par leurs gros souliers sur les divans, leurs ronflements de bucherons et leurs manie d’ordonner aux enfants de ramener les pantoufles « ya djed yemak ! » , de retirer la carafe d’eau « ya djed babak ! » , d’aller chercher le journal « ya t’nah ! », de chasser le chat « ya el khamedj ! » ou de baisser le son de la télé « ya latrache ! »… mais aussi de se croire obligés de commenter au mauvais moment les scènes des feuilletons turcs ou syriens ou d’ordonner le changement de chaine au moment où Mohanad est montré en gros plan, pour voir ce qu’il advient de Kaddafi, pour prendre connaissance des dernières frasques de Sarkozy, des dernières menaces de Nasrallah ou pour vitupérer contre les promesses toujours reportées de Ghoul, les colères feintes de Amar Tou, l’amabilité trop condescendante de Belkhadem ou l’arrogance assassine d’Ouyahia…

Nous les hommes, nous attendons pour notre part le Sacré mois du Ramadhan pour arborer nos gandouras blanches immaculées et retirer le chapelet du coffre où on l’a rangé après la dernière prière du Ramadhan de l’an passé, afin de l’égrener pieusement en attendant l’Adhan, pour oublier le creux à l’estomac ou l’envie d’une Ben Haroun glacée et pour ne pas être tentés d’utiliser nos mains à des fins plus violentes…

Nous espérons aussi du Ramadhan un petit répit pour nos protesta… les enseignants ne pouvant faire grève pour cause de congé, les étudiants pour cause de vacances, Ali Yahia Abdenour ne pouvant marcher par peur d’insolation, les stades vidés de leurs gladiateurs ne pouvant servir de lieu de rencontre aux casseurs, les routes ne pouvant se faire couper faute de coupeurs, occupés à récupérer le sommeil perdu durant les veillées et peu tentés de brûler des pneus vu l’incandescence que nous vivons habituellement au mois d’août, qu’il soit sacré ou profane…