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lundi 26 septembre 2011

LE FLOTTEUR QUI EMERVEILLA ZAITOUT

Dans mon village à la campagne, nous sommes tous des hommes de bonne technicité… Nous ne sommes pas seulement bricoleurs, nous savons gratter la terre et semer, faire nos habits nous-mêmes et prendre la truelle en main comme l’écrivait à peu près un poète(1) de nos années enculottées… Pas que nous soyons amateurs d’efforts mais juste parce que nous refusons de payer autrui pour des tâches que nous pouvons faire nous-mêmes… Et c’est ainsi qu’on peut nous trouver en tout temps avec un outil à la main : des tenailles pour refaire les fils qui supportent nos treilles, un marteau pour enfoncer les clous rouillés dans des madriers vermoulus, une paire de ciseaux à tondre pour réduire la tignasse folle de nos bambins, une clé à molette pour pester contre les écrous qui foirent à force de les forcer à s’enlever dans le sens du serrage, une cuiller pour honorer un plat de couscous…

Miloud El Kommissar, en parfait villageois, avait bien plus de raisons que tout le monde de se mettre à la mécanique…

Sa vieille quatrelle était si déglinguée qu’aucun vrai mécanicien ne pouvait consentir à la réparer et puis, Miloud avait autre chose à faire de son argent que d’augmenter la richesse de Rachid Elfilbrouka qui, Allah izidlou (Dieu lui en rajoute), a réussi à donner un premier étage à sa maison et à s’acheter un semi-remorque qu’il loue à l’usine d’en haut… d’aucuns disent même qu’il en possède deux – Allah izidlou! - et qu’il serait associé avec un vendeur de pièces détachées à Boudouaou ! et grâce à quoi ? l’argent des malheureux villageois qui réparent leurs voitures chez lui !...

Miloud El Kommissar n’irait pas jusqu’à ajouter son eau à la mer… et surtout pas à la fortune de cette fripouille, Allah izidlou, qui hier seulement devait vendre des figues pour survivre et qui possède aujourd’hui, Allah izidlou, outre ses camions et ses commerces, une peugeot 204 et une Passat bleue qu’il ne sort que le vendredi soir…

Miloud El Kommissar a appris tout seul la mécanique de sa voiture. Il sait démonter et remonter un cardan et Tahar El Ftissa, le tôlier, lui a même appris comment se débarrasser à vie du croisillon à aiguilles en le remplaçant par de simples morceaux de tuyau de quelque vieux pied de chaise métallique… Il sait aussi régler les « fis platini », trouver la bonne place au « delkou », souder une « chatma », réparer le « bondisk » récalcitrant du démarreur ou refaire les charbons minuscules du moteur à essuie-glaces… Depuis qu’il a acheté sa quatrelle, Miloud El Kommissar a abandonné le domino… On ne peut pas être au four et au moulin !... Les affaires mécaniques étant plus importantes que tout le reste, Miloud El Kommissar ne passe plus son temps que sous sa quatrelle et les quatrelles de ses amis car il a acquis la réputation d’en être un spécialiste tout comme Amar Peugeot est réputé spécialiste des 404…

Il se fait aider de Slimane Zaitout, un agent d’entretien de la commune qui est toujours libre à partir de 10 H 30, le ramassage des ordures s’effectuant depuis l’aube.

Slimane Zaitout était très curieux et c’est doctement que Miloud El Kommissar lui expliquait les principes de fonctionnement des organes qu’il devait traiter… Il ne perdit patience qu’une seule fois, quand Slimane Zaitout essaya de comprendre ce qui pouvait bien se tramer dans la dynamo pour qu’elle donne si dispendieusement de l’electricité à toutes les lampes. Miloud El Kommissar eut un geste de lassitude et lui répondit avec un énervement qu’il ne lui connaissait pas : « khallina men djed yemmah ! » (laisse tomber le grand-père de sa mère !)… Slimane Zaitout n’insista pas car il devinait que l’explication serait fastidieuse…

Un jour la panne atteignit le carburateur. Le moteur s’éteignait tout seul et l’essence dégoulinait à grosses gouttes et mouillait l’échappement au risque de brûler la voiture…

Miloud El Kommissar démonta tout le système de carburation sous l’œil curieux de Slimana Zaitout…

Il en retira les « gicleurs » qu’il nettoya en les curant avec un fil de fer fin et en soufflant dedans puis il retira le filtre qu’il trouva plein de saletés et qu’il remit en place après l’en avoir débarrassé…

Il espliquait au fur et à mesure l’utilité de ces pièces, leur principe de fonctionnement et la théarapie qu’il leur administrait à un Slimane Zaitout studieux comme un écolier d’avant Benbouzid et les syndicats autonomes…

Quand il arriva au flotteur, Slimane était estomaqué par tout ce génie humain contenu dans un aussi petit organe…

Miloud El Kommissar expliqua comment se soulevait le flotteur sous l’effet de l’arrivée de l’essence et comment il poussait le petit opercule qui fermait l’accès au carburant puis comment en descendant il permettait à cet opercule de s’ouvrir à nouveau sans être actionné par une quelconque main ou intelligence humaine…

Etonné par ce petit flotteur qui, perdu dans le moteur, faisait tout seul et sans discontinuer tout ce travail, Slimane Zaitout, les yeux brillant d’émerveillement eut alors ces mots :

N’Goullek ya El Miloud… hadha el floutour aandi khir men myat moustafid (2) (Tu veux que je te dise Miloud, pour moi ce flotteur vaut mieux que 100 « bénéficiaires » !)

1- Sully Prudhomme : « un songe »

C’était l’époque de la restructuration des domaines autogérés et des cooperatives de la Révolution Agraire en EAI et EAC. Les exploitants qui jouaient aux latifundistes au lieu de continuer à faire les paysans étaient appelés « moustafidines » devenant sujets de moquerie du petit peuple.

lundi 12 avril 2010

BOULEVERSEMENT MICRO-CLIMATIQUE

Un phénomène nouveau est en train de bouleverser toute notre région, il s'agit de l'humidité.


Depuis la mise en service du barrage géant de Koudiat Acerdoune, nous constatons des mutations qui annoncent un changement en profondeur dans notre santé, notre faune, notre flore, notre air et notre terre.


Aujourd'hui et même si on n'a pas encore commencé à disserter sur le phénomène de cause à effets, on se rend compte que l'humidité est omniprésente et à des taux extrêmes, même par temps de sirocco... Cette humidité importune très sérieusement la population par les suées abondantes qu'elle leur fait subir et il n'est pas faux d'affirmer que la consommation en eau potable a au moins triplé durant cet été par rapport à l'été passé. Les statistiques météorologiques n'existant malheureusement pas, nous ne pouvons évaluer à sa juste mesure ce changement. Le secteur sanitaire faisant très peu cas des études comparatives et même du contrôle de la fréquence des pathologies, personne ne pourra démontrer l'impact de cette humidication de l'atmosphère sur la santé locale, mais il est certain que la recrudescence des maladies respiratoires n'est pas une simple vue de l'esprit... Nous avons constaté, outre cette humidité de tous les jours, la formation inhabituelle de brumes et ces brumes ne seront pas sans impact, positif ou négatif, sur la flore. Cet été déjà, il a été déploré une fragilisation des vignes, agrumes et figuiers des vergers et jardins d'intérieur, surement due aux maladies cryptogamiques favorisées comme tout le monde le sait, par l'excès d'humidité.


Il ne sera pas dit que nous ne constaterons pas certaines altérations des goûts spécifiques des figues de barbarie, du raisin et d'autres fruits et des changements dans le PH de notre huile d'olive... Il est certain aussi que des specimen de notre flore disparaitront et que d'autres viendront leur disputer leur habitat car mieux adaptées...


La faune elle aussi devrait connaitre des bouleversements d'importance. La sauvagine n'a d'ailleurs pas attendu cette année pour envahir nos campagnes et aujourd'hui, phénomène curieux et récent, on ne voit plus les nuées de moineaux ou de pigeons suivre les sillons des labours mais de drôles d'oiseaux blancs qui nous viennent en masse des barrages et du littoral.


Mais ce n'est pas seulement la gente ornithologique qui devrait évoluer, il faut s'attendre à des mutations, des migrations, des adaptations d'autres espèces de mammières; de reptiles et d'insectes...


J'invite nos amis du village à participer au travail d'observation de toutes ces mutations de cette nature qui est appelée à s'extraire de sa peau séculaire pour revêtir un nouveau costume. Le plaisir de découvrir ces détails d'un monde qui change est ineffable; osons nous y investir, nous n'avons rien à perdre et tout à gagner...

dimanche 11 avril 2010

BOULEVERSEMENT SOCIO-CULINAIRE


La cuisine du cru est en train de subir des mutations dont personne ne peut mesurer l'ampleur ni les risques.

Habituellement , les villageois se nourrissent de couscous à toutes les sauces ou même sans sauce... aux fèves vertes ou sèches, aux cardes, aux herbes (bsibsa, sella...), aux raisins frais ou secs, au potiron, aux pois-chiches... jamais aux poissons comme ça se ferait dans certaines régions du littoral et jamais à la viande sucrée comme ça se fait du côté de Msila-Djelfa-Biskra... Ceci pour le dîner.

Ce n'était peut-être même pas un choix gastronomique dicté par la volonté de faire plaisir aux palais mais une habitude imposée par l'instinct de survie, le couscous étant le moins cher et peut être le plus nourrissant, mais aussi par d'autres considérations liées plus à la cohésion sociale qu'à l'estomac.

L'habitude était si bien ancrée dans les moeurs qu'on parlait ça et là, avec une pointe de dérision, de "République Couscoussière", un peu comme on parlait de "Républiques Bananières" pour un tout autre motif s'entend...

Depuis que l'Etat et ses servants, plus enclins à servir les monopoles et le FMI que la canaille ont décidé de lever les mesures de soutien aux produits dits de "première nécessité" pour ne soutenir (et quel soutien !) que sucre et lait, la semoule est passée en 10 ans, de 70 à 1000 DA le sac de 25 kg... La poignée de couscous est devenue plus chère que n'importe quel autre volume d'un autre aliment au point que les exégètes-calculateurs de la zakat penseraient à ne plus en faire leur étalon...

Ajoutez à cela le prix de l'huile d'olive qui a allégrement sauté de 25 à 500 DA le litre et vous comprendrez, sans être ministre de l'économie ou de la solidarité que le couscous est devenu le repas des rois, pas celui de la plèbe...

Le menu villageois est aujourd'hui bien plat et c'est le cas de le dire !... frites ou macaroni, "bgoul" ou chorba "blach"... c'est si insipide que le dîner lui-même n'est plus ce moment de communion familliale autour d'une généreuse "djefna" mais un encas expédié debout en boue et sans obligation d'horaire... ce qui occasionnera des dégats irréparables sur la cohésion familliale, l'esprit de fratrie, le dialogue des générations, la discipline de groupe et autres petites choses qui faisaient grandeur et sacralité de la famille...

Le couscous, appelé "T3am" car il représentait la nourriture par excellence devrait changer de nom car il n'est plus LA nourriture mais UNE nourriture...